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L’embauche en santé suit bel et bien un calendrier, mais ce calendrier est plus nuancé qu’on ne le croit. Aux États-Unis, les données fédérales montrent un secteur peu sensible aux saisons, avec des temps forts liés aux budgets de début d’année et à l’arrivée des internes en juillet. En France, c’est l’été qui structure tout : les établissements préparent leurs remplacements estivaux dès février ou mars. Que vous recrutiez ou que vous cherchiez un poste, la bonne question n’est pas « quel est le meilleur mois ? », mais « quel est le rythme de mon établissement, de ma spécialité et de ma région ? ».
Cet article distingue ce que les chiffres établissent, ce que les praticiens du recrutement observent, et ce qu’il est raisonnable d’en tirer pour planifier ses effectifs ou sa mobilité.
On entend souvent que la santé « recrute surtout en janvier ». La réalité statistique est moins tranchée. Les séries du Bureau of Labor Statistics sur le secteur des soins de santé et de l’assistance sociale, publiées dans l’enquête JOLTS, montrent que le nombre mensuel d’offres d’emploi s’est maintenu entre environ 1,2 et 2,1 millions entre 2021 et 2026. Cette amplitude reflète surtout la sortie de la pandémie et l’évolution du marché du travail, bien plus qu’un cycle saisonnier régulier. Ces séries sont d’ailleurs corrigées des variations saisonnières, ce qui invite à la prudence : elles décrivent la tendance de fond, non les creux et les pics d’un mois donné.
Pour un employeur, cette lecture a une conséquence concrète. Dans le commerce de détail ou la construction, on peut caler une campagne sur un pic de candidatures et laisser le reste de l’année en veille. En santé, le besoin est permanent, et les candidats, souvent déjà en poste, sont sollicités en continu. Les analyses de la plateforme de publicité d’emploi Boostpoint, construites à partir des données fédérales, rappellent que l’embauche en santé n’est pas figée mais pilotée par des processus : budgets, rotations, calendriers universitaires.
Les recruteurs américains observent une activité plus soutenue au premier trimestre, souvent associée au renouvellement des enveloppes budgétaires : les postes gelés ou différés en fin d’exercice sont rouverts, et les équipes qui ont connu des départs à la fin de l’année cherchent à les remplacer. Ce schéma est cité par plusieurs acteurs du secteur, mais il reste une tendance déclarée par des praticiens, et non une règle mesurée établissant que tel mois dépasse tel autre dans chaque établissement. Un hôpital universitaire, une clinique indépendante et un réseau d’EHPAD n’ont ni le même exercice comptable, ni le même processus de validation des postes.
Chaque été, les centres hospitaliers universitaires américains accueillent de nouveaux internes et résidents. La littérature médicale désigne ce moment sous le nom de « July phenomenon » : l’arrivée de médecins en début de formation, l’attribution de nouveaux rôles de supervision et le renouvellement des équipes créent une période de fragilité organisationnelle. Pour les services de recrutement, la conséquence est pratique plus que statistique : on anticipe les titularisations, on sécurise les postes de supervision et l’on décale parfois certains recrutements pour ne pas superposer deux transitions.
Si vous dirigez un service, la leçon est simple : ne laissez pas un poste clé de senior ou de coordination vacant au moment où l’équipe accueille ses nouveaux arrivants. Les établissements qui y pensent en mars évitent d’avoir à improviser en juin.
Les périodes de congés réduisent le nombre de candidats disponibles pour des entretiens, mais n’effacent pas les besoins. Certains recruteurs voient dans l’été une pause stratégique, d’autres une fenêtre peu concurrentielle pour des profils rares. L’automne, de son côté, concentre souvent les derniers recrutements avant la préparation des pics hivernaux. Ces constats restent des observations de terrain : comparez-les toujours à vos propres historiques de candidatures avant d’en faire une règle.
La saisonnalité française est plus lisible, parce qu’elle tient à un fait simple : les équipes permanentes partent en congé, et il faut les remplacer. Un exemple concret est celui du centre de santé mentale d’Angers, qui indique recruter chaque année de fin juin à début septembre, ainsi que lors de certaines vacances scolaires. Dans ce type d’établissement, les candidatures doivent souvent être déposées dès mars ou avril pour couvrir la période de juin à septembre.
Cette avance a deux effets. Pour les candidats, attendre le début des vacances pour chercher revient à arriver quand les plannings sont déjà bouclés. Pour les recruteurs, publier fin mai une annonce de remplacement estival, c’est se priver des meilleurs profils, déjà engagés ailleurs. Les mêmes règles valent pour les remplacements libéraux : médecins, infirmiers libéraux, kinésithérapeutes et pharmaciens organisent leurs congés plusieurs mois à l’avance, et les annonces de remplacement les mieux accueillies sont celles qui précisent les dates, la patientèle et les conditions d’exercice suffisamment tôt.
Pour situer cette dynamique dans un contexte plus large, vous pouvez consulter notre analyse du marché de l’emploi en santé en France en 2026 ainsi que les tendances du recrutement santé en 2026.

Les pics et les creux sont des détails à côté d’un phénomène de fond. Les projections de la Health Resources and Services Administration estiment que la demande de travailleurs dans les services de soins de longue durée passera de 2,35 millions d’équivalents temps plein en 2023 à 3,29 millions en 2038, soit environ 40 % de croissance, à un rythme supérieur à celui de l’offre actuelle. Une pénurie de cette ampleur rend illusoire toute stratégie qui consisterait à « recruter à la bonne saison » puis à relâcher l’effort.
Les économistes qui étudient le marché du travail de la santé décrivent d’ailleurs une demande qui ne suit pas toujours les cycles économiques généraux, parfois même à contre-courant. Les variations brutales du besoin en soins tiennent souvent à des chocs propres au secteur, une épidémie, une fermeture de service, un changement réglementaire, plus qu’à des dates du calendrier. Intégrer la planification des effectifs à une vision de long terme est donc plus sûr que de bâtir un plan uniquement saisonnier.
La plupart des spécialistes du recrutement en santé en arrivent à la même conclusion : il vaut mieux passer d’un recrutement réactif, déclenché par un départ ou un pic de charge, à une approche continue. Les experts RH recommandent de cultiver un vivier permanent de candidats, y compris de profils qui ne cherchent pas activement, plutôt que de se disputer les mêmes candidats pendant les fenêtres saturées.
Concrètement, une direction d’établissement ou un cabinet gagnera à suivre quatre étapes, dans cet ordre.
La première consiste à cartographier vos propres tensions. Reprenez deux ou trois années de plannings, d’arrêts, de congés et d’heures supplémentaires, service par service. Vous verrez souvent apparaître des creux de couverture que le calendrier général ne laissait pas deviner : une période de congés scolaires, la fin d’un contrat d’étudiants, un départ en retraite regroupé.
La deuxième consiste à construire un calendrier de recrutement sur douze mois, avec un décalage assumé. Si votre besoin se situe en juillet, la publication de l’annonce se prépare en février, les entretiens en mars et en avril, et la confirmation des plannings en mai. Ce décalage vaut autant pour un remplacement libéral que pour un contrat dans un centre hospitalier.
La troisième consiste à diversifier les formes de contrat avant que la tension n’apparaisse : CDI, CDD, vacations, remplacements, temps partiel, exercice mixte. Un vivier de remplaçants identifiés et déjà rencontrés se mobilise en quelques jours, alors qu’un premier contact en urgence demande des semaines.
La quatrième consiste à tirer le bilan après chaque saison : délais de réponse, nombre de candidatures par annonce, taux de refus, raisons des abandons. Ce retour d’expérience nourrit le plan de l’année suivante et vaut mieux que n’importe quelle statistique générale.

Les données du rapport de référence 2023 de CareerPlug donnent pour le secteur de la santé aux États-Unis environ 12 candidats par offre et 54 candidats par embauche, avec un premier contact en moyenne au bout de 3,9 jours. Ces chiffres concernent un échantillon d’employeurs utilisant un logiciel de recrutement et ne se transposent pas tels quels à la France, mais ils illustrent un point que les recruteurs connaissent bien : un candidat qualifié reçoit souvent plusieurs propositions, et celui qui répond le premier a un avantage net. Quelle que soit la saison, accuser réception rapidement, proposer un créneau d’entretien sous quelques jours et préciser les conditions réelles du poste raccourcit le processus. Pour structurer cet échange, notre guide sur l’entretien médical efficace détaille les étapes utiles.
Un calendrier de recrutement parfait ne sert à rien si l’annonce ne dit pas la vérité du poste. Selon l’étude RH 2026 du groupe Adecco, les candidats accordent désormais plus de poids à une communication authentique sur la réalité du rôle, charge de travail et équilibre de vie compris, qu’à une image de marque soignée. Un dialogue transparent réduit les départs précoces et fidélise sur la durée, surtout lorsque le contact reste personnalisé.
Pour un remplacement d’été, cela signifie indiquer sans détour le volume d’activité attendu, la fréquence des gardes, le logement éventuel et la possibilité de prolonger. Pour un poste permanent, cela signifie présenter l’équipe, le rythme réel, les perspectives d’évolution. Ce travail de clarté se prolonge après la candidature : notre article sur la communication avec les candidats en santé y revient en détail.
Si vous cherchez un poste ou un remplacement, l’enseignement des données est rassurant : il n’existe pas de mois « fermé » dans la santé. Il existe en revanche des moments plus propices selon ce que vous visez.
Pour un remplacement estival en France, commencez vos démarches entre février et avril, déposez votre CV avec vos disponibilités précises et activez des alertes sur votre spécialité et votre zone. Pour un poste permanent, le début d’année et l’approche de la rentrée sont des périodes où beaucoup d’établissements réajustent leurs effectifs, mais les annonces s’ouvrent toute l’année. Pour une installation ou une reprise de patientèle, le temps long prime : les cessions se négocient sur plusieurs mois, et un cabinet repéré tôt laisse le temps de la réflexion.
Enfin, n’attendez pas d’avoir « tout » pour postuler. Un profil clair, à jour et joignable rapidement pèse plus qu’un dossier parfait envoyé trop tard. Les praticiens qui envisagent plusieurs activités à la fois trouveront aussi un éclairage utile dans notre dossier sur le cumul d’emplois médicaux.
Depuis 1998, nous voyons passer des annonces de tous les métiers de la santé, et ce que nous observons rejoint les données : les saisons influencent la forme du recrutement, rarement son principe. Un établissement qui ne publie qu’au moment où le besoin devient urgent paie deux fois : en délais, puis en concessions faites au candidat pressé. À l’inverse, celui qui entretient une présence régulière, répond vite et décrit honnêtement le poste construit une réputation qui travaille pour lui pendant les périodes creuses.
Nous pensons aussi que la saisonnalité ne doit pas devenir une source d’anxiété pour les professionnels. Un médecin, une infirmière ou un kinésithérapeute qui cherche un remplacement en mai n’a pas « raté » sa saison : il doit simplement cibler des offres plus courtes, plus urgentes ou plus éloignées de son premier choix, et rester réactif. Côté recruteurs, la tentation est de multiplier les annonces en urgence ; nous conseillons plutôt de préparer, dès l’hiver, un petit vivier de candidats connus pour les remplacements d’été, et de réserver les options de mise en avant aux postes réellement difficiles à pourvoir.
Ces constats valent pour notre pratique de la plateforme, qui s’adresse principalement au marché français, avec plus de 170 000 inscrits. Pour les lecteurs qui suivent les tendances américaines, ils servent de point de comparaison : les mécanismes diffèrent, la logique de l’anticipation est la même.
— Valentin
Si vous recrutez, vous pouvez publier une annonce d’emploi salarié, de remplacement libéral, de cession de patientèle ou de location de locaux, et choisir, selon l’urgence, des options de visibilité comme l’annonce urgente, l’annonce encadrée avec remise à jour, l’ajout de photos ou la validation express. Les crédits contacts permettent de prendre l’initiative auprès de profils de la CVthèque. Les tarifs ne sont pas détaillés dans cet article : ils sont présentés au moment de la publication.
Si vous cherchez, le service est 100 % gratuit pour les candidats : vous pouvez déposer votre CV, candidater et créer des alertes depuis la page d’accueil, ou parcourir directement les offres d’emploi et les annonces de remplacement. Pour affiner votre stratégie de diffusion, lisez aussi nos conseils pour optimiser la visibilité de vos offres.
Les recruteurs américains citent le premier trimestre, lié aux budgets, ainsi que la fin du printemps et l’automne. Les données fédérales, elles, montrent une activité assez stable sur l’année. Mieux vaut donc considérer ces mois comme des tendances à vérifier auprès de votre établissement ou de votre région, plutôt que comme une règle.
Idéalement entre février et avril. Certains établissements clôturent leurs candidatures pour la période de juin à septembre dès mars ou avril, comme l’illustre l’exemple du centre de santé mentale d’Angers. Publier plus tard reste possible, mais le choix de candidats est alors plus restreint.
Partiellement. Le besoin de fond est permanent, notamment en raison des pénuries de personnel, mais certains moments concentrent l’activité : le début d’exercice budgétaire, l’arrivée des internes en juillet aux États-Unis, les remplacements estivaux en France. Un plan annuel avec un vivier entretenu reste plus fiable qu’une campagne ponctuelle.
En restant visible et réactif : CV à jour, disponibilités précises, alertes actives sur sa spécialité et sa zone. En période creuse, les recruteurs ont moins de dossiers à traiter et répondent souvent plus vite à un profil clair.