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En bref:
- Les groupements de professionnels de santé coordonnent la mutualisation des ressources et l’organisation des soins. Le GHT s’adresse aux établissements publics, tandis que la SCM concerne principalement les professionnels libéraux. Leur succès dépend d’une gouvernance claire, d’une gestion rigoureuse et d’une adhésion des équipes.
Un groupement de professionnels de santé est une structure collaborative qui organise la mutualisation des ressources et la coordination des soins entre plusieurs acteurs médicaux ou médico-sociaux. Le fonctionnement des groupements de professionnels de santé repose sur des cadres juridiques précis, des instances de gouvernance définies et des obligations fiscales strictes. Les deux formes les plus connues en France sont le Groupement Hospitalier de Territoire (GHT), obligatoire pour les établissements publics depuis 2016, et la Société Civile de Moyens (SCM), très répandue chez les professionnels libéraux. Comprendre ces structures permet aux professionnels et aux gestionnaires de faire des choix organisationnels éclairés.

Le GHT est le dispositif de référence pour les établissements publics. Obligatoire depuis 2016, il repose sur un projet médical partagé et une convention constitutive signée par tous les membres. Son objectif est de mutualiser les fonctions support comme les achats, le système d’information et la formation professionnelle. Chaque GHT désigne un établissement support qui pilote ces fonctions pour l’ensemble du groupement.
La SCM s’adresse aux professionnels libéraux, médecins, infirmiers, kinésithérapeutes ou pharmaciens, qui souhaitent partager leurs charges sans fusionner leur patientèle ni leurs honoraires. La SCM ne génère pas de bénéfices propres : elle refacture simplement les dépenses communes à ses membres. Cette séparation nette entre charges partagées et activité individuelle est la caractéristique fondamentale de la SCM.
D’autres formes de coopération existent également. Le Groupement de Coopération Sanitaire (GCS) permet à des établissements publics et privés de collaborer sur des activités de soins ou des équipements lourds. La Société Interprofessionnelle de Soins Ambulatoires (SISA) est la structure juridique dédiée aux maisons de santé pluriprofessionnelles. Chaque forme répond à un besoin précis et à un contexte réglementaire différent.
| Type de groupement | Nature juridique | Membres concernés | Mission principale | Fiscalité |
|---|---|---|---|---|
| GHT | Dispositif public obligatoire | Établissements publics de santé | Projet médical partagé et mutualisation | Régime public |
| SCM | Société civile | Professionnels libéraux | Partage des charges d’exploitation | Exonération TVA sous conditions |
| GCS | Groupement de droit public ou privé | Établissements publics et privés | Activités de soins communes | Variable selon statut |
| SISA | Société civile interprofessionnelle | Professionnels de santé libéraux | Exercice coordonné en maison de santé | Régime spécifique |
Conseil de pro: Avant de choisir une forme juridique, définissez précisément ce que vous souhaitez mutualiser : des charges, des activités ou une stratégie médicale commune. Ce choix conditionne toute l’organisation future du groupement.
La gouvernance des GHT repose sur six instances réglementaires communes : le comité stratégique, la commission médicale de groupement, le comité territorial des élus locaux, la conférence territoriale de dialogue social, le directoire de groupement et le comité des usagers. Ces instances garantissent le pilotage du projet médical partagé et la mutualisation des fonctions. Leur fonctionnement coordonné est la condition d’une coopération réelle entre établissements membres.

L’établissement support joue un rôle central dans cette architecture. Il assure la gestion mutualisée des fonctions pour le compte de tous les membres, notamment le système d’information, les achats groupés, la formation et la coordination médicale. Cette centralisation génère des économies d’échelle significatives, mais elle crée aussi des déséquilibres perçus entre l’établissement support et les établissements partenaires.
Les tensions de gouvernance sont fréquentes et prévisibles. Les établissements partenaires craignent souvent une perte d’autonomie au profit de l’établissement support. La clarté des équilibres décisionnels, définie dès la convention constitutive, est le meilleur rempart contre ces blocages. Un cadre juridique clair et un modèle économique défini en amont sont essentiels pour éviter les conflits de gouvernance.
“Le succès des groupements dépend plus de la conduite du changement organisationnel que de la rédaction des statuts.” — CNEH
La coordination entre membres passe aussi par des outils concrets : réunions régulières des instances, tableaux de bord partagés, et référents désignés dans chaque établissement. La communication interne n’est pas un détail : elle conditionne l’adhésion des équipes au projet commun. Sans cette adhésion, les décisions des instances restent lettre morte sur le terrain.
La SCM oblige ses membres à maintenir une séparation stricte des comptes bancaires entre la structure et les associés. Sans cette distinction, les déductions fiscales des charges communes sont remises en cause lors d’un contrôle. Ce point est souvent négligé lors de la création de la SCM, avec des conséquences financières importantes.
Les obligations déclaratives sont précises et non négociables. Les associés d’une SCM doivent déposer la déclaration annuelle 2036-SD avant le 20 mai de chaque année. Cette déclaration récapitule les charges de la SCM et alimente ensuite les déclarations individuelles 2035 de chaque associé. Un retard ou une erreur dans cette déclaration peut entraîner des pénalités et une remise en cause des déductions.
L’exonération de TVA est l’un des avantages fiscaux majeurs de la SCM, mais elle est conditionnelle. Elle s’applique aux services rendus entre membres, à condition que les recettes imposables de chaque associé ne dépassent pas un seuil défini. En cas de dépassement, l’exonération est remise en cause, ce qui peut générer un redressement fiscal rétroactif. La surveillance régulière des seuils de recettes est donc une obligation de gestion, pas une option.
Les risques fiscaux les plus courants dans les SCM sont les suivants :
Conseil de pro: Confiez la comptabilité de votre SCM à un expert-comptable spécialisé en professions libérales de santé. Les règles fiscales spécifiques aux SCM médicales diffèrent de celles des sociétés commerciales classiques, et une erreur de catégorisation peut coûter cher.
La mutualisation des moyens est le premier bénéfice tangible. Dans un GHT, les achats groupés réduisent les coûts pour chaque établissement membre. Dans une SCM, le partage du loyer, du matériel et du personnel administratif allège la charge financière de chaque praticien. Ces économies permettent de réinvestir dans la qualité des soins ou dans l’amélioration des conditions de travail.
Le projet médical partagé (PMP) des GHT est un levier puissant d’harmonisation des pratiques. Il définit les filières de soins communes, les coopérations entre services et les objectifs de qualité à l’échelle du territoire. La certification conjointe imposée par la HAS depuis 2020 renforce cette dynamique en utilisant un compte qualité unique pour tous les membres du GHT. Cette approche territoriale améliore la cohérence des soins pour les patients.
L’accès aux soins sur les territoires sous-dotés bénéficie directement de ces coopérations. Un GHT peut organiser des consultations avancées dans des établissements périphériques, évitant aux patients de longs déplacements. Une SCM en zone rurale permet à plusieurs médecins de maintenir une présence locale en partageant les coûts d’un cabinet qui serait insoutenable individuellement. La coopération entre professionnels de santé devient ainsi un outil d’aménagement du territoire.
Les groupements renforcent aussi la crédibilité des membres dans les appels à projet régionaux ou nationaux. Une structure coordonnée présente un dossier plus solide qu’un établissement isolé. Les Agences Régionales de Santé (ARS) valorisent explicitement les projets portés par des groupements dans leurs critères de financement.
La gestion des ressources humaines est la principale source de tension dans les groupements. Harmoniser les pratiques RH sans briser l’autonomie des équipes est un défi permanent. Les agents craignent les transferts de compétences, les changements de hiérarchie et la dilution de leur identité professionnelle dans un ensemble plus grand. Ces résistances sont légitimes et doivent être traitées avec méthode, pas ignorées.
Le diagnostic préalable conditionne la réussite à long terme. Avant de formaliser un groupement, les membres doivent cartographier leurs ressources, identifier les complémentarités réelles et définir les équilibres décisionnels. Une phase de diagnostic rigoureuse évite de construire une structure sur des bases fragiles ou des attentes mal alignées. Ce travail préparatoire prend du temps, mais il réduit considérablement les risques de blocage ultérieur.
“Dépasser la juxtaposition des structures pour bâtir une stratégie commune reste le défi central de tout groupement.” — CNEH
Les bonnes pratiques identifiées par les groupements qui fonctionnent bien convergent vers plusieurs points communs :
Conseil de pro: La conduite du changement dans un groupement se prépare avant la signature des statuts. Impliquez les équipes médicales et soignantes dès la phase de conception pour construire une adhésion durable, et non une conformité contrainte.
Les groupements de professionnels de santé réussissent lorsqu’ils combinent un cadre juridique adapté, une gouvernance claire et une conduite du changement rigoureuse dès la phase de création.
| Point | Détails |
|---|---|
| Choisir la bonne structure | GHT pour les établissements publics, SCM pour les libéraux, GCS pour les coopérations mixtes. |
| Gouvernance formalisée | Les six instances du GHT garantissent le pilotage du projet médical partagé et la mutualisation. |
| Obligations fiscales SCM | La déclaration 2036-SD est obligatoire avant le 20 mai, avec un compte bancaire séparé. |
| Conduite du changement | Le succès dépend de l’adhésion des équipes, pas seulement de la qualité des statuts. |
| Bénéfices territoriaux | La mutualisation améliore l’accès aux soins et renforce les dossiers de financement auprès des ARS. |
Le débat sur les groupements de santé se focalise trop souvent sur la forme juridique et pas assez sur le projet humain qui la sous-tend. J’ai vu des GHT dotés de conventions impeccables rester des coquilles vides parce que personne n’avait pris le temps d’expliquer aux équipes pourquoi elles travaillaient désormais ensemble. Et j’ai vu des SCM modestes, sans aucun document sophistiqué, fonctionner parfaitement parce que les praticiens partageaient une vision commune de leur exercice.
La certification conjointe de la HAS est, à mon sens, l’un des leviers les plus sous-estimés des GHT. Elle force les établissements à se regarder en face, à comparer leurs pratiques et à construire une culture qualité commune. Ce n’est pas confortable, mais c’est précisément ce qui distingue un groupement qui progresse d’un groupement qui stagne.
L’avenir des groupements passe par une pédagogie renforcée auprès des professionnels de santé, en particulier les libéraux qui restent méfiants vis-à-vis de toute forme de structure collective. La SCM reste sous-utilisée alors qu’elle offre une souplesse remarquable pour partager des charges sans sacrifier l’indépendance. Mieux faire connaître ces outils, c’est aussi permettre à davantage de praticiens de s’installer dans des zones où l’exercice isolé n’est plus viable.
— Valentin
Les groupements de professionnels de santé ont besoin de membres compétents et de structures bien dotées en personnel. Trouver le bon collaborateur ou le bon cabinet pour intégrer un réseau médical prend du temps et exige une visibilité ciblée.

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Un groupement de professionnels de santé est une structure juridique qui organise la coopération entre plusieurs acteurs médicaux pour mutualiser des ressources ou coordonner des soins. Les formes principales en France sont le GHT, la SCM, le GCS et la SISA.
Oui. Le GHT est obligatoire pour tous les établissements publics de santé depuis 2016, avec un projet médical partagé et une convention constitutive signée par chaque membre.
Les membres d’une SCM doivent déposer la déclaration 2036-SD avant le 20 mai chaque année et maintenir un compte bancaire séparé pour la structure. Le non-respect de ces obligations entraîne la perte des avantages fiscaux.
La création d’une SCM nécessite la rédaction de statuts, l’ouverture d’un compte bancaire dédié et l’immatriculation de la société. Pour une installation en libéral dans un groupement existant, le praticien devient associé en souscrivant des parts sociales.
Les risques majeurs sont les tensions de gouvernance entre membres, les erreurs fiscales dans les SCM et la résistance au changement des équipes. Un diagnostic préalable rigoureux et une conduite du changement structurée réduisent ces risques de façon significative.